ÉVéNEMENTS

COMPTE RENDU : Visite de l’Exposition «Faux et faussaires. Du Moyen-Âge à nos jours»

13 janvier 2026

Archives nationales, site de Paris

Par Lucile Chartain

          Le 13 janvier 2026, un groupe d’une quinzaine d’alumni a découvert l’exposition « Faux et faussaires. Du Moyen-Âge à nos jours » dans le cadre parisien des Archives nationales, à l’Hôtel de Soubise (60 rue des Francs-Bourgeois, 3ᵉ arrondissement), en plein cœur du Marais.

       La visite était guidée par la commissaire scientifique de l’exposition, Aude Roelly, conservatrice générale du patrimoine et responsable du Département Exécutif et Législatif (DEL) des Archives nationales.

        La visite a tout d’abord commencé par une réflexion sur la fausse monnaie : depuis l’Antiquité, en fabriquer ou en faire circuler de la fausse monnaie est sévèrement puni en France, car cela remet en cause l’économie et l’autorité de l’État. Au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, frapper monnaie sans autorisation ou falsifier des pièces ou des billets est considéré comme un crime de lèse-majesté, passible de mutilations, de la peine de mort et de la confiscation des biens. Après la Révolution, le faux-monnayage reste un crime : la peine de mort est remplacée en 1832 par les travaux forcés à perpétuité, puis par des peines pouvant aller jusqu’à 30 ans de réclusion aujourd’hui.

         Pour limiter la contrefaçon, la fabrication de la monnaie est strictement contrôlée et chaque étape est surveillée de près. Les techniques évoluent avec le temps, que ce soit pour les pièces ou, à partir du XVIIIᵉ siècle, pour les billets, ce qui entraîne un renforcement constant des dispositifs de sécurité. Pourtant, les faussaires continuent d’agir, qu’il s’agisse de petits fraudeurs ou de réseaux organisés, parfois internationaux.

        _L’appât du gain n’est pas la seule motivation : la fausse monnaie peut aussi devenir une arme politique. Napoléon Ier, par exemple, inonde l’Autriche de faux billets en 1811, provoquant une crise monétaire qui pousse l’empereur François Ier à retirer les vrais billets de la circulation. L’opération s’étend ensuite aux monnaies anglaise, russe et prussienne et reste si secrète qu’en 1814, l’enquête ordonnée par Louis XVIII ne parvient pas à en reconstituer le déroulement.

        Pour certains anarchistes, émettre de la fausse monnaie est un acte de rébellion légi-time contre le système capitaliste. Ils y voient un moyen de saper l’autorité de l’État et de contester l’ordre social établi, en transformant la contrefaçon en outil de lutte politique.

        Les participants ont ensuite été invités à aborder la question des faux documents. La falsification de documents est une activité ancienne : qu’il s’agisse de remplacer des actes perdus ou de tromper pour obtenir des avantages, cette manœuvre menace gravement la confiance accordée à l’écrit. Elle a conduit à élaborer des méthodes critiques pour repérer les faux, mais aucune n’est totalement infaillible.

          Au Moyen Âge, alors que la preuve écrite prend une importance croissante, certains faux ont pour but de remplacer des actes authentiques disparus. Ces documents sont ainsi matériellement faux, mais leur contenu est exact ; à l’inverse, d’autres faux sont inventés de toutes pièces pour tromper et obtenir des bénéfices personnels. Des faux peuvent notamment servir à s’approprier un héritage ou à se construire une prestigieuse ascendance, comme les fausses généalogies vendues au XIXᵉ siècle par certaines officines. Le développement du marché de l’autographe à cette époque favorise ces fraudes, des faussaires produisant des documents taillés sur mesure pour satisfaire une clientèle avide de prestige. La crédulité n’explique pas tout : même des personnes instruites et spécialistes d’un domaine peuvent se laisser abuser par un faussaire convaincant. Le cas du mathématicien Michel Chasles, trompé par Vrain Lucas avec des lettres manifestement invraisemblables, illustre bien cette vulnérabilité.

       En sapant la confiance dans les preuves écrites, la fabrication et l’usage de faux menacent la stabilité sociale, ce qui justifie une répression très sévère, surtout lorsque l’auteur est censé garantir l’authenticité, comme les notaires ou les officiers royaux. Sous l’Ancien Régime, des textes comme l’édit du 24 mars 1680 ou le « code du faux » de 1737 rappellent que le faussaire risque la peine de mort.

          Pour détecter les faux, des méthodes rigoureuses se sont développées, notamment la diplomatique, promue par les bénédictins comme Jean Mabillon, puis par l’École des chartes au XIXᵉ siècle. Cette science étudie à la fois le contenu des actes et leurs caractéristiques matérielles (support, écriture, mise en page, etc.) afin de construire une grille d’analyse critique toujours plus précise. Cependant, les experts peuvent se tromper : l’affaire Dreyfus en offre un exemple célèbre. En 1894, Alphonse Bertillon, responsable de l’Identité judiciaire à Paris, rend un rapport pseudo-scientifique accusant Dreyfus, alors que l’écriture incriminée était en réalité celle d’Esterhazy, véritable coupable.

         Une présentation de la « fraude artistique » a ensuite été proposée : celle-ci existe depuis toujours, mais elle explose au XIXe siècle avec les collections privées.

         Copier pour apprendre ou imiter pour honorer est légitime ; cela devient frauduleux quand on vend une copie comme un original du maître, avec l’intention de tromper. Définir l’original reste complexe : la signature suffit-elle, ou faut-il la main de l’artiste ? La loi Bardoux de 1895, limitant le faux à une signature falsifiée sur des œuvres non publiques, échoue à protéger efficacement l’art. Différencier vrai et faux est ardu, surtout sans critères établis ou face à des découvertes archéologiques inattendues, comme des sirènes ou cornes de licorne imaginaires.

           Les faussaires exploitent l’appât du gain et la soif de gloire des savants rivaux, dupant même les grands musées. Des cas célèbres illustrent ces échecs : le crâne de cristal du musée de l’Homme, longtemps authentifié, ou la tiare scythe du Louvre, démasquée peu après 1896. La presse se moque alors des experts, ravivant l’idée d’un « musée du Faux » pour exposer les techniques et former le public, malgré le risque d’aider les fraudeurs. La pédagogie s’impose face aux passions et aux mensonges ; l’ouvrage de Vayson de Pradennes en 1932 sur les fraudes préhistoriques ouvre la voie.

       Enfin, la dernière partie de l’exposition présente les enjeux de la lutte contre la contrefaçon : cette dernière tend à détruire la confiance entre producteurs et consommateurs en imitant des produits pour éviter taxes et règles commerciales. Elle vise tous les produits, de l’alimentaire aux objets de luxe, pour échapper aux taxes et protections.

           Au Moyen-Age, dans un commerce strictement contrôlé, sceaux et cachets garantissent l’origine et les paiements ; les fraudeurs proposent des produits moins chers mais souvent frelatés, risquant de lourdes peines, y compris la mort. La Révolution change tout : protections pour dessins/modèles, marques et brevets d’invention apparaissent. Au XXème siècle police, douanes, tribunaux et services de répression des fraudes (depuis 1905) luttent activement contre la contrefaçon, rejoints par des syndicats comme l’Union des fabricants (1872) ou le Comité Colbert (1954). Les produits célèbres attirent les copieurs : chocolat Menier, liqueur Bénédictine, champagnes… La mondialisation empire le vol de marques françaises à l’étranger. Le consommateur, attiré par les bas prix, achète souvent sans se méfier, ignorant les risques sanitaires dus à des compositions non contrôlées. Les marques, quant à elles, misent sur la qualité pour fidéliser et éduquent à repérer les faux. Malgré cela, mondialisation et e-commerce boostent la contrefaçon via des réseaux criminels mondiaux.

            Les participants ont ensuite échangé leurs impressions autour d’un verre amical.