ÉVéNEMENTS

Compte rendu : Journée d’excursion à Amiens

2 juillet 2023

 

Anne Sommerlat, alumna du DAAD France et membre assidu de l’association des « anciens », est enseignante-chercheuse à l’Université d’Amiens. À la différence de nombreux collègues « turbo-profs », elle réside dans la capitale historique de la Picardie, et qui plus est en possède une connaissance intime, d’ordre topographique, historique et artistique. Sa proposition faite à l’Association de partager les richesses d’Amiens avec les alumni qui le souhaiteraient, n’en reste pas moins exceptionnelle, comme l’a souligné la présidente de l’Association, Nadine Magaud, au moment d’entamer la visite.

Cette visite débuta à la gare d’Amiens, vers 10h45, après qu’Anne Sommerlat eut retrouvé sur place huit alumni passagers du TER de 10h36 et quatre autres arrivés la veille. La gare d’Amiens ou plus exactement l’ensemble urbanistique constitué par la gare, son parvis (place Alphonse-Fiquet), des rangées d’immeubles à usage mixte et une tour, elle aussi à usage mixte, offre depuis 1952 un accueil saisissant au voyageur qui descend du train. Le modernisme mâtiné de classicisme, caractéristique de l’architecte concepteur Auguste Perret, aura déplu aux deux premières générations consécutives, mais comme au Havre, la réconciliation avec le grand souffle novateur du XXe siècle intervint au plus tard au seuil du XXIe. Ici, à la faveur, sans doute, de la revitalisation du parvis de la gare par l’installation d’une immense verrière horizontale, puis la plantation, toute récente (2020), de bambous géants.

Du parvis de la gare, Anne nous conduit à la maison de Jules Verne, via le square Joffre et son gigantesque monument aux célébrités (« Illustrations ») de Picardie, du Moyen Âge au Second Empire. La maison où Jules Verne vécut et travailla de 1871 à 1905, selon le désir de son épouse Honorine (depuis 1857), ne ménage guère de place à l’imaginaire technique ; la décoration intérieure, éclectique, ressemble à celle d’autres maisons d’auteurs de la même époque. Parmi les objets exposés, on note de belles affiches de films en rapport avec les romans de Jules Verne, du Voyage dans la Lune de Méliès (1902) à L’Étoile du Sud avec Ursula Andress (1969). Après un bref arrêt au cirque Jules Verne, plus grand cirque « en dur » de France, co-inauguré en 1887 par l’illustre écrivain et le maire de l’époque, Anne fait passer sa petite troupe par les jardins du Musée de Picardie et… propose une visite impromptue du musée. Cette surprise est rendue possible par un timing favorable et l’entrée libre accordée en ce premier dimanche de juillet. La visite, d’une petite demi-heure, livre des aperçus, entre autres, d’un très riche fonds XIXe siècle, dont la célèbre Godiva de Jules Lefebvre, une étonnante allégorie de l’addiction à l’absinthe par Albert Maignan (La muse verte) ou des fresques (marouflées) de Puvis de Chavannes dans les teintes crayeuses typiques de l’artiste.

Puis, le groupe rallie la cathédrale d’Amiens, non sans avoir marqué une pause à l’horloge Dewailly qui suscite bien des questions par sa structure hétéroclite, entre ostensoir géant et bas-relief de Carpeaux… Comme toujours, dans de semblables circonstances, Anne fournit toutes les explications. La cathédrale nous impressionne au passage par ses vastes proportions et sa façade foisonnante de sculptures, mais, pour l’heure, nous continuons notre chemin jusqu’au parc de l’Évêché, situé derrière le chevet. Le moment est venu de se sustenter sous forme de pique-nique « tiré du sac ». Si la plupart des participants ont tout juste prévu leur propre repas, quelques-uns se sont pourvus en quantités suffisantes pour partager – et par là même honorer l’esprit associatif. Une alumna distribue du flan aux courgettes, délicieusement frais ; un alumnus, des fruits secs assortis, en rappelant le terme allemand de « Studentenfutter » qui désigne ce « mix » comme un aliment parfait pour d’anciens boursiers d’étude et de recherche du DAAD. Après s’être ainsi restauré, le groupe s’en retourne à la cathédrale pour une visite d’une heure et demie, qui, cette fois, sera éclairée des informations stockées dans des audioguides individuels, plutôt que des explications d’Anne. Les audioguides fournis par l’office de tourisme présentent l’avantage de laisser le visiteur libre de circuler à sa guise et de recueillir, là où il s’arrête, certaines informations sur l’objet vers lequel l’ont conduit ses pas (autel, vitrail, statue, etc.), via un numéro d’identification. Il n’y a pas de parcours imposé. En toute logique, le groupe se défait, mais on se croise ici ou là. Le système est efficace et attrayant, mais quelque fois on préfèrerait un guide vivant. Ainsi, par exemple, dans le déambulatoire, l’audioguide explicite les scènes de la vie de saint Firmin en termes artistiques et sociologiques, mais ne relate pas l’histoire du saint si bien que les scènes restent cryptiques pour qui ne connaît pas cette histoire. Le problème ne se pose pas pour les scènes de la vie de saint Jean Baptiste, qui font pendant, puisque l’histoire de saint Jean Baptiste est plus fréquemment représentée et mieux connue. On est d’autant plus frustré que saint Firmin a bénéficié, à Amiens, d’un meilleur traitement artistique.

Au sortir de la cathédrale, le groupe, désormais « en autonomie », poursuit le programme fixé. Nous traversons le très pittoresque quartier Saint-Leu qui comprend des maisons à colombages donnant sur des canaux. Rares sont les maisons du quartier qui n’ont pas été rénovées. À les voir, on devine l’état d’extrême insalubrité qui a longtemps prévalu ici. (Jusque dans les années 1980). Puis, nous franchissons la Somme pour rejoindre les « Hortillonnages », des jardins suburbains, parcourus de canaux. Deux barges nous attendent pour une promenade d’une petite heure entre les îles-parcelles, consolidées à l’aide de planches et de pieux. L’un des deux guides-bateliers a des affinités avec l’Allemagne et parsème ses explications de mots allemands, dont « das Blesshuhn » (la poule d’eau) ! Nous apprenons quantité de choses sur la faune et la flore, l’histoire, les mutations sociologiques, l’organisation associative des « Hortillonnages », et surtout jouissons de la quiétude des lieux, pour débarquer apaisés et régénérés, avec la sensation étrange d’avoir été en route bien plus longtemps qu’en réalité… Une dernière visite est dévolue à la 12e édition du Festival international de jardins, qui se tient sur plusieurs îlots dédiés et entend faire dialoguer l’art et la nature à travers des « œuvres paysagères ». Malheureusement, il ne reste pas beaucoup de temps jusqu’au train du retour, et même les plus vaillants d’entre nous ne verront que quelques unes des cinquante œuvres présentées.

Nous regagnons vite la gare, le regard fixé sur la Tour Perret, par où avait commencé notre visite d’Amiens. Le TER de 18h23 est très chargé un dimanche soir. Personne n’a de place réservée puisqu’il n’y a pas possibilité de réservation sur ce train. Notre petite troupe se fond parmi les autres « weekenders » après de brefs mais chaleureux au revoir. Au revoir au sens propre, c’est-à-dire au plaisir de se revoir entre alumni du DAAD France.

Par Marc Cluet